De gauche à droite, la Salle de bains, la Chambre d'amis, et le Grenier :
3 dessins grand format pour le Musée de l'Image d'Épinal et son exposition le Chemin des Images 2019. Des affiches grand format des illustrations sont visibles dans toute la ville du 28 juin au 20 octobre 2019, aux côtés de celles de Quentin Duckit, Karine Maincent, Victor Hussenot et Léo Poisson ainsi que dans les collections du Musée de l'Image. Scrollez pour lire les textes liés et plonger dans les dessins. Dénichez les pions cachés !
La Salle de bains est un lieu de succions et de boyaux visqueux. Il y a des siphons noirs où coulent nos humeurs. Il y a des robinets qui délivrent une eau étrangement pure — par où est-elle passée celle-là, pour être si pure ? Et que de brillances dans cette salle de bains ! Tout est briqué ! On veut effacer la nuit derrière cette blancheur !
Mais là-dessous se tordent des canalisations sombres et recroquevillées. Des choses gargouillent dans ce labyrinthe : certaines, minuscules, et d'autres longues et sinueuses dont on ne sait pas où leur corps mou s'arrête.
On tente de percevoir, en vain, le goutte-goutte dans la nuit glauque.

Les humains n'habitent pas les salles humides.
Ils marchent au dessus, une savonnette à la main, sans douter de leur étrange beauté.
La Chambre d'amis doit être impersonnelle, mais suffisamment chaleureuse pour que chacun s'y sente bien. Il lui faut une dose de charme, un aspect esthétique consensuel, un peu de la personnalité de ses propriétaires et une lampe à la lumière ni trop forte, ni trop rose.

Tu y trouveras tout ce qu'il faut. Des matelas, des couettes, de la nourriture roborative, des livres, une fenêtre qui laisse chanter les oiseaux et des amis autour d'un feu. Tu pourras y faire la fête, parfois. Tu pourras y rencontrer, ou juste passer et rester inconnu. C'est ça, la chambre d'amis ! Un lieu de passage où s'accrochent les rêves, les espoirs, les histoires, les voyages et les miettes de pain.
Au Grenier, on trouve des souvenirs immenses et flamboyants tassés dans de tout petits cartons, enveloppes ou boîtes d'allumettes. Si on tend l'oreille on les entend tousser, étouffés par la poussière. Ce n'est plus notre langue qu'ils parlent. Ils ne parlent plus aucune langue.
Souvent ils restent là, en petits amas aphones, et deviennent un mouton de poussière ou quelque chose d'encore plus timide qui s'envolera au premier courant d'air. Ils tomberont dans un ruisseau ou se mélangeront à un nuage.

Mais parfois, ces souvenirs nous saisissent, nous déchirent, nous enveloppent et on se sent minuscule. Parce que le temps de la vie n'a plus de prise sur eux et que leur musique résonne encore, et qu'elle résonnera après nous. Parce qu'ils ont été, et que ça les rend invincibles.




Aussi, allez voir ce que crée Léo Poisson !
Every single thing on this website is my property. For any use, ask cedricphilippe@yahoo.fr
tell me
what you think